Pendant la campagne électorale, la vie continue et il faut bien s’intéresser aux choses qui se passent autour de chez soi, même si elles paraissent loin de la préparation de la grande manifestation du 18 mars pour la 6ème république ou du succès grandissant de la campagne du Front de gauche et de son brillant candidat.
C’est la raison pour laquelle je me suis rendu hier soir à une grande réunion publique, tout près de chez moi, à Noisy-le-Sec, organisée par une association de lutte contre le projet d’usine de tri mécano-biologique (TMB) de Romainville du SYCTOM.
Le TMB, pour faire vite, consiste à transformer en « compost » les matières organiques de nos ordures ménagères et à les faire fermenter pour en récupérer le biogaz.
A priori donc, un projet intéressant, qui devrait forcément susciter l’adhésion de tous. On recueille nos déchets, on en fait du bon compost pour les terres agricoles et en plus, on produit de l’énergie avec.
Que demande le peuple ? Voilà une belle alternative à l’incinération ou à l’enfouissement.
Je suis donc arrivé à cette réunion avec un a priori un tantinet négatif, persuadé de voir des riverains contaminés par le fameux syndrome du NYMBY (not in my backyard, ie « pas derrière chez moi »), acronyme anglais qui désigne toute réaction hostile du voisinage à un projet d’intérêt général mais susceptible de générer quelques désagréments.
J’en suis ressorti 3 heures plus tard – c’était bien le but des organisateurs – avec des sentiments beaucoup plus partagés qu’à l’entrée.
Les intervenants à cette conférence ont été particulièrement convaincants. Animée par Anne-Laure Wittmann des Amis de la Terre, la soirée a vu se succéder une représentante de France Nature Environnement, un responsable d’une chambre d’agriculture, un BET spécialisé dans le domaine et qui a expertisé les risques d’accidents, un médecin et des représentants d’associations ayant eu à combattre ce type de projets.
Premier constat, le TMB ne produit pas le bon compost riche et parfumé que les heureux propriétaires de villas produisent lentement au fond de leur jardin pour les besoins de la flore.
Bien au contraire, le produit issu des « digesteurs » – c’est le nom des énormes cylindres qui stockent les matières fermentescibles et le gaz – les agriculteurs n’en veulent pas. En tout cas, pas le représentant de la chambre syndicale d’agriculture de l’Eure, département censé accueillir à bras ouverts notre compost urbain.
Et l’agriculteur de requalifier notre bon compost en vulgaire digestat, honteux excréments issus de notre usine intestinale, remplis de métaux lourds, de matières plastiques et autres produits et substances aux propriétés physico-chimiques incompatibles avec la culture de la luzerne ou la qualité des nappes phréatiques.
On se sent alors un peu piteux avec notre digestat dont personne ne veut, quand bien même celui-ci répondrait à la norme NF U 44-051 qui fixe des seuils présentés par France Nature Environnement comme bien trop élevés, notamment en matière de métaux lourds ou de teneurs en plastique.
Intervient ensuite le bureau d’étude qui pointe les risques d’incendie mais aussi et surtout les risques d’explosion du fameux biogaz au contact de l’air ambiant en cas de fuite de canalisations ou lors du démarrage des fameux « digesteurs » d’une capacité de 3 à 4000 m3.
Un médecin nous alerte aussi sur les risques sanitaires, les perturbateurs endocriniens, les mauvaises odeurs qui peuvent nous mener tout droit à la dépression. ça fout les chocottes!!
Pour couronner le tout, des militants venus de Montpellier, de Belgique et de Bayonne achèvent ce sombre tableau en témoignant de leur lutte difficile contre le procédé et les industriels, mais aussi contre les élus locaux entonnant parfois la petite musique du tous-pourris-ces-élus-qui-s’en-mettent-plein-les-fouilles très désagréable à mes oreilles de modeste conseiller municipal, a fortiori quand le message est délivré par un militant politique, candidat à des élections.
Je suis donc ressorti de cette réunion avec des sentiments partagés.
Tout d’abord, la filière TMB semble peu fiable à première vue, les normes françaises et européennes de qualité des composts n’étant pas à la hauteur. Le compost produit (le digestat) est sans doute impropre à un usage agricole.
Le rendement des usines déjà construites qui ont fait l’objet des critiques des militants locaux semble également décevant si l’on observe les ratios Tonnages traités / Tonnages finalement mis en décharge.
L’utilisation du biogaz présente des difficultés.
Maintenant, il faut nuancer le propos car la réunion d’hier soir de l’ARIVEM, uniquement à charge n’a pas donné la parole aux partisans du projet et de la filière.
Le déficit d’information, de concertation et de médiation est donc criant en dépit des efforts du SYCTOM qui a ouvert un « espace d’information et d’échanges » sur le site.
La question des alternatives au TMB n’a pas non plus été suffisamment traitée malgré quelques allusions à des initiatives locales intéressantes de réduction des déchets à la source et de vrai tri des déchets organiques par les habitants.
La méthanisation des déchets et le recours à la biomasse restent une voie intéressante pour produire des énergies renouvelables et il faudra bien trouver une solution de traitement de nos ordures autres que l’enfouissement ou l’incinération.
Le problème de la privatisation des filières reste entier. Il ne faut plus continuer à confier nos déchets à nos multinationales bien connues dans le cadre de délégations de service public qui suscitent bien des questions et suspicions mais au contraire, créer des régies publiques comme nous souhaitons le faire (le Front de gauche) pour la gestion de l’eau.
Bref, en l’état actuel, le projet de Romainville n’est pas acceptable et c’est aux habitants et aux élus de décider avec des experts dont l’objectivité et la neutralité ne doivent pas être contestées. Plus de participation des citoyens, plus d’éducation populaire, plus de concertation, plus d’information. C’est ça la planification écologique !